4 000 m² réfrigérés au R-455A : un gain de 17 % sur les émissions, par rapport au CO2

Delphine Martin, Global Marketing Manager chez Climalife

 « Une optimisation qui s’accompagne d’une réduction du coût de possession de 19 %. »

La réglementation européenne F-Gaz fixe la feuille de route à suivre, jusqu’à l’horizon 2030, pour la transition vers des fluides frigorigènes à faible GWP (Global Warming Potential ou Potentiel de Réchauffement Global). Depuis le 1er janvier dernier, les fluides présentant un GWP supérieur à 150 sont ainsi interdits dans les installations de réfrigérations d’une puissance dépassant 40 kW. Si le GWP constitue désormais un facteur important pour choisir un fluide frigorigène, il convient de raisonner globalement, à travers une approche d’éco-efficacité sur la durée de vie des installations, souligne Delphine Martin, Global Marketing Manager chez Climalife.

Quels sont aujourd’hui les paramètres à prendre en compte pour choisir un fluide frigorigène ?

En lien avec la réglementation F-Gaz, le critère environnemental est devenu central. Il s’agit de se tourner vers les molécules qui permettent de réduire les émissions de gaz à effet de serre. Les fluides qui présentent un GWP le plus faible possible sont donc préconisés. Pour autant, il faut s’attacher à prendre en compte la globalité des émissions de l’installation sur sa durée de vie. Prenons l’exemple du R-455A qui présente un GWP de 146 quand la solution CO2 a un GWP de 1. Or, dans sa globalité, le R-455A présente de meilleures performances environnementales. Nous avons ainsi l’exemple d’un entrepôt réfrigéré de 4 000 m², appartenant au Groupe Olano, à Pinto en Espagne. Le site est réfrigéré par une installation de 280 kW. En comparaison avec le CO2 transcritique, le R-455A y a permis un gain de 17 % sur les émissions, considérées sur le cycle de vie. Une optimisation qui s’accompagne d’une réduction du coût total de possession de 19 %.

La performance environnementale semble donc s’accompagner d’une optimisation financière ?

Oui, c’est pour cela qu’on parle de fluides « éco-efficaces », capables de présenter des coûts d’investissement et d’exploitation réduits, mais aussi le meilleur TEWI (Total Equivalent Warming Impact ou impact de réchauffement total équivalent). Cet indicateur comprend l’effet direct des installations, en cas de fuites de fluide – dont le risque est augmenté avec les pressions élevées des systèmes CO2 –, et l’effet indirect provenant des émissions de CO2 liées à la consommation d’énergie primaire nécessaire au fonctionnement de l’installation. Sur tous ces critères, le R-455A est plus compétitif que le CO2, selon un modèle de comparaison validé par l’institut indépendant Cemafroid. Qui plus est, le R-455A permet de travailler sur le même type de systèmes que le R-404A. Des systèmes faciles à manipuler, installer et entretenir. De leur côté, les installations au CO2, tout comme celles à l’ammoniac, impliquent davantage de contraintes techniques pour la conception et la maintenance de la part de personnels chevronnés. En lien avec sa toxicité, l’ammoniac nécessite aussi de respecter des normes de sécurité plus importantes.

Et quelles sont les performances de l’ammoniac, en termes d’éco-efficacité ?

En 2020, le cabinet Optinergie a réalisé une étude comparative entre le R-1234ze et l’ammoniac sur un site de stockage de 15 000 tonnes de pommes. Sur les 4 chillers ammoniac – d’une puissance totale 1,3 MW et alimentant une boucle d’eau glycolée à -7°C – 3 ont été remplacés par 3 chillers R-1234ze répondant aux mêmes besoins en termes de réfrigération des fruits dans un 1er temps et des mesures de consommation énergétiques ont pu être effectuées dans ce contexte. Par la suite, ce 4è chiller à l’ammoniac a été remplacé par un chiller au R-1234ze. Ce changement solution de l’ammoniac vers le R-1234ze a généré des économies d’énergie de 25 %, soit l’équivalent d’un gain de 2 millions d’euros sur le cycle de vie. En résumé, il convient d’aborder la question du choix du fluide sous l’angle du concept « d’efficacité énergétique d’abord », ce qui suppose de prendre en compte les mesures permettant d’économiser l’énergie au moindre coût, en évaluant de manière appropriée les solutions maximisant l’efficacité énergétique à l’aide d’analyses d’impact coûts/bénéfices. Et on l’a vu : performance énergétique et gains financiers peuvent aller de pair et ne pas être négligeables sachant que la consommation énergétique est un axe stratégique européen.