Sécurité, continuité de service et maîtrise de la consommation sont les grands enjeux du fonctionnement des établissements de santé.

Ainsi, les centres hospitaliers universitaires, les centres hospitaliers, les Ehpad et les hôpitaux psychiatriques sont tous attentifs à leur consommation énergétique et à en réduire les coûts, par conscience sociale et par intérêt économique.

Rencontre avec Bruno Cazabat, directeur des affaires techniques des Hospices Civils de Lyon et président de l’association IHF, des ingénieurs hospitaliers de France et Philippe Stallivieri, directeur de l’ingénierie, des travaux, de la maintenance et du patrimoine pour le GHU Paris, Psychiatrie et Neuroscience.

« Maîtriser sa consommation d’énergie nécessite d’intervenir à plusieurs niveaux » Bruno Cazabat

 

 

Quelles sont les politiques et les stratégies de transition énergétique ? Comment parvenir à un « smart hôpital » ? Toutes ces questions font l’actualité des réflexions et des actions menées par les ingénieurs hospitaliers

« La consommation énergétique de nos établissements est un vrai sujet auquel nous sommes très attentifs », reconnaît Bruno Cazabat « Nous avons une priorité absolue, c’est celle de la continuité d’alimentation électrique. Si une panne de courant intervient dans un bloc opératoire, les effets sont très préjudiciables. L’eau, le gaz et l’électricité sont essentiels et même vitaux au fonctionnement de nos établissements ». Aussi, pour éviter tout risque de coupure, les hôpitaux et Ehpad s’organisent autour du principe du N+1. A tout niveau de la chaîne d’approvisionnement en énergie, un équipement supplémentaire est ajouté. « Nous distribuons l’électricité en boucle ouverte, comme dans un quartier de ville, avec deux postes sources EDF et une centrale d’énergie qui assure en cas de défaillance », précise Bruno Cazabat, prenant l’exemple des Hôpitaux de Lyon, qui représentent 22 000 salariés et 2 milliards d’euros de budget annuel.

Consommer moins mais s’équiper plus : une difficile équation

Pour autant, cette sécurité alimentaire électrique doit également composer avec une maîtrise de la consommation. Concernés par la loi Elan et le décret tertiaire, les établissements de santé s’organisent afin d’observer l’évolution de leurs consommations énergétiques en vue de parvenir à les réduire de 40 % (sur un référentiel 2010-2020) à l’horizon 2030. Une équation difficile à résoudre. « Cet objectif est d’autant plus difficile à atteindre que l’on voudrait consommer moins mais on rajoute toujours de nouveaux équipements, qui consomment de l’énergie ! », regrette Bruno Cazabat, citant en exemple le rafraîchissement des chambres comme nouveau besoin primaire. En effet, les climatiseurs sont déjà indispensables dans les blocs opératoires et les laboratoires où l’atmosphère est contrôlée et l’air traité. « Mais désormais, les patients réclament aussi des climatiseurs qui sont pourtant très énergivores », constate lui aussi Philippe Stallivieri. « Il existe d’autres solutions à développer : le traitement de la façade, les toits végétalisés, les brise-soleil », explique-t-il. Des solutions plébiscitées par les ingénieurs hospitaliers qu’il faut tout de même faire accepter par les patients.

140 coordinateurs et conducteurs de la transition énergétiques recrutés

Car la notion environnementale est devenue un prérequis au fil des ans, pour toute nouvelle construction de bâtiment mais aussi pour la rénovation. « Il y a désormais une convergence des objectifs », note Philippe Stallivieri. « Les solutions économes en énergies sont systématiquement intégrées à chaque projet neuf mais il faut aussi pouvoir les appliquer aux bâtiments en rénovation ». Soutenus par le ministère de la Santé, les établissements vont bénéficier de l’accompagnement d’un coordinateur départemental et d’un conducteur par groupement hospitalier afin de porter les projets de transition énergétique. Près de 140 personnes seront ainsi recrutées prochainement, dont le salaire sera financé à 75% par l’État durant quatre ans. « C’est un projet ambitieux qui prouve l’importance de la transition engagée par les établissements de santé », confirme Philippe Stallivieri.

Gérer les fuites

Toutes les solutions d’économies d’énergies sont alors exploitées et mises en perspectives. « Il s’agit de maîtriser l’ensemble des fluides : électricité, gaz ou chauffage urbain, eau, eau chaude sanitaire… », précise Philippe Stallivieri. « Cela passe aussi par la sensibilisation des usagers sur la consommation et la gestion des pertes en lignes ou des fuites. Dans un pôle hospitalier tel que celui de Lyon, la facture de chauffage ou d’électricité peut vite atteindre 15 millions d’euros, soit 1% du budget. « C’est peu et en même temps beaucoup », constate Bruno Cazabat qui poursuit ses actions en faveur d’une réduction des dépenses. D’ailleurs, en 15 ans, la consommation d’eau a été divisée par trois, passant de 2 millions de m3 annuel à 700 000 m3 aujourd’hui. Comment ? « En travaillant sur l’approvisionnement et la distribution », indique-t-il. « Nous avons déployé un système de comptage et de sous-comptage par compartiment pour identifier les anomalies et notamment les fuites. Nous avons également équilibré l’eau chaude sanitaire en délivrant une eau chaude instantanée, qui améliore la sécurité du réseau d’eau en évitant la proliférant de légionnelle et limite les consommations d’eau en tirant sur le réseau en attendant l’arrivée de l’eau chaude. »

Piloter et anticiper les consommations

Au GHU de Paris, qui représente 5500 salariés, près de 200 bâtiments sur 130 sites et 500 millions d’euros de budget, on investit dans l’intelligence artificielle et les objets connectés afin d’améliorer le contrôle des consommations. « Neuf bâtiments sont équipés d’un système permettant de mieux comprendre et d’anticiper les variations de consommation », explique Philippe Stallivieri. « Qu’il s’agisse de l’électricité, du chauffage, de l’eau chaude sanitaire mais aussi du traitement de l’air, gros consommateur d’énergie et du niveau de qualité de l’air. L’idée est de généraliser ce système à l’ensemble du parc hospitalier, même si cela reste plus facile dans du neuf que de l’ancien ». Une méthode qui devrait aussi intéresser les ingénieurs hospitaliers sur le plan national. La majorité d’entre eux espère d’ailleurs voir se développer des solutions légères, économiques, qui se déploient très rapidement et s’adaptent dans des bâtiments anciens. Car une autre contrainte supplémentaire est à prendre en compte dans la rénovation : celle-ci doit se faire avec les occupants dans des établissements ouverts 7 jours sur 7 et 24 heures sur 24.

Diversifier ses sources d’énergie et de chaleur

Enfin, pour parvenir à une transition énergétique aboutie et efficace dans leurs établissements, les ingénieurs hospitaliers savent qu’il faut opter pour le mix énergétique et multiplier les sources d’énergies et de chaleur. « Maîtriser sa consommation d’énergie nécessite d’intervenir à plusieurs niveaux », confirme Bruno Cazabat. A Lyon notamment, les hôpitaux sont ainsi alimentés en chaleur par des chaufferies gaz, à cogénération ou à biomasse. « Il n’y a pas de doctrine d’usage de tel ou tel équipement. Chacun optimise sa consommation avec les équipements adéquats », ponctue-t-il. Étape après étape, cette stratégie de transition énergétique doit ainsi porter ses fruits.

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