Art Végétal – Toitures végétales : des bienfaits à l’échelle du bâtiment et de la ville

Face aux effets conjugués de l’intensification des vagues de chaleur et de l’imperméabilisation des villes, la toiture végétale se présente comme une solution concrète, notamment en améliorant le confort thermique des bâtiments tout en favorisant la gestion de l’eau et de la biodiversité. Entretien avec Julien Neveu, directeur d’Art Végétal.
Julien Neveu,
directeur d’Art Végétal
https://art-vegetal.fr/nos-realisations/
Sur la membrane d’étanchéité, la température atteignait 69 °C, contre 29 °C au niveau de la végétation.
En quoi une toiture végétale peut-elle contribuer à la performance thermique d’un bâtiment ?
Sur ce plan, les résultats sont assez impressionnants, puisqu’elle permet d’isoler la zone qui représente la majorité des déperditions énergétiques d’un bâtiment. La toiture végétalisée présente aussi un déphasage thermique important, ce qui permet de lisser les pics de chaleur en été. À l’échelle de la ville, elle contribue à réduire le phénomène d’îlot de chaleur urbain, comme nous avons pu le mesurer sur un de nos chantiers à Nantes. Sur la membrane d’étanchéité, la température atteignait 69 °C. Au niveau des billes d’argile assurant le drainage, elle était de 49 °C, et là où la végétation était déjà en place, on plafonnait à 29 °C. En protégeant le bâtiment du soleil et des intempéries, la toiture végétale constitue, selon la Chambre Syndicale Française de l’Étanchéité, la meilleure protection des systèmes d’étanchéité, et donc du bâtiment lui-même.
La toiture végétalisée est aussi intéressante sur le plan hydrique…
En effet, la couche de substrat agit comme une éponge en retenant temporairement les eaux pluviales. Cela permet de limiter la saturation des réseaux d’assainissement et la pollution associée à ces engorgements. À cela s’ajoute le phénomène d’évapotranspiration : lorsque les plantes réémettent l’humidité qu’elles ont absorbée, elles rafraîchissent l’air ambiant. Par exemple, à Arcueil, où des toitures végétalisées sont en place depuis plus de 30 ans, la formation de rosée à leur surface joue un véritable rôle de climatisation naturelle. Autre atout : la rosée favorise la rétention des poussières et des particules polluantes. Par ailleurs, rappelons que la croissance végétale permet la fixation du CO2, contribuant ainsi à réduire les émissions de gaz à effet de serre. En milieu urbain, la toiture végétale améliore également le confort acoustique, au point d’être recommandée par certaines communes limitrophes d’aéroports.
Quels toits sont structurellement adaptés à une couverture végétale ?
Pour s’assurer de la faisabilité d’un projet, des calculs de charge sont réalisés par un bureau d’études indépendant. À titre d’exemple, une toiture extensive, avec du sédum et une fine couche de substrat, atteint en moyenne 120 kg/m² à saturation d’eau, un poids que peuvent supporter plus de 90 % des toitures existantes. Lorsque la structure le permet, il est possible de mettre en place des végétalisations semi-intensives, de 150 à 300 kg/m², voire intensives, au-delà de ces valeurs. Par exemple, toujours à Nantes, nous avons réalisé il y a six ans des toitures accueillant des bouleaux, qui mesurent aujourd’hui entre 5 et 6 mètres de hauteur.
D’ailleurs, quelles plantes ou espèces végétales est-il possible de mettre en œuvre ?
En s’appuyant sur une base botanique éprouvée, nous adaptons le choix des végétaux en combinant plusieurs critères : épaisseur de substrat disponible, luminosité, éventuel environnement marin, climat local, etc. Concernant le substrat, qui assure la rétention d’eau, nous nous adaptons également au changement climatique, avec des épaisseurs aujourd’hui légèrement supérieures à celles d’il y a une quinzaine d’années. En termes de palette végétale, tout est possible, l’idéal étant de privilégier des espèces endémiques. Le sédum reste une valeur sûre, mais nous avons par exemple mis en place de véritables champs d’edelweiss à Lorient. Le choix de la végétation peut aussi viser à favoriser la biodiversité. Et grâce à un entretien annuel léger, la botanique prospère durablement : certaines toitures végétalisées de plus de 30 ans sont aujourd’hui en parfait état.










