Petite hydroélectricité, gros potentiel

Petite hydroélectricité, gros potentiel

 

Chaque année, 6 TWh coulent de source… et cette production pourrait doubler

 

En France, la petite hydroélectricité – soit près de 2 300 centrales d’une puissance inférieure à 10 MW – génère 6 TWh par an, soit l’équivalent d’un réacteur nucléaire. Il serait possible d’aller bien au-delà, mais les discours sur la transition énergétique se heurtent parfois à d’autres considérations, comme le relève Jean-Marc Lévy, Délégué Général du syndicat professionnel France Hydro Electricité. « Le potentiel hydroélectrique français est de 13 TWh, ce qui est bien supérieur aux objectifs de la Programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE), explique-t-il. La petite hydroélectricité représente près de la moitié de ce potentiel, malheureusement bloqué à 75 % par les classements de cours d’eau. Or, selon nous, les deux tiers de ces classements ne sont plus justifiés sur un plan biologique. »

 

Comment, dès lors, concilier politique de l’eau et petite hydro ? Rappelons que cette dernière va bien au-delà de la production d’énergie renouvelable, en créant également des zones refuges en période d’étiage, en contribuant au maintien de zones humides ou encore en favorisant les infiltrations dans les nappes phréatiques. En outre, les exploitants de centrales – qui collectent les déchets au niveau de leurs ouvrages – jouent un rôle dans la gestion « multiusages » des cours d’eau (production d’eau potable, activités nautiques, pêche…).

 

Appliquer la loi avec objectivité

 

« Considérant tous les enjeux portés par la petite hydroélectricité – une filière qui a investi des milliards d’euros, ces 20 dernières années, au titre de l’insertion environnementale –, il n’est pas normal que l’instruction des projets de centrales sous autorisation soit uniquement confiée aux services de police de l’eau, analyse Jean-Marc Lévy. Dans les faits, cela se traduit souvent par des doctrines locales – jamais publiées ! – qui réinterprètent la loi à leur sauce. Une loi qui, du reste, est bien faite. Lorsqu’elle est appliquée avec rigueur et objectivité, et que l’expertise scientifique a voix au chapitre, les choses se passent bien. En termes de gouvernance, il nous semble que les DDT – qui ont une vision intégrée de l’ensemble des politiques publiques – seraient le bon acteur pour arbitrer tout cela. »

 

Au-delà des blocages locaux, il est à noter que la petite hydroélectricité bénéficie d’une bonne acceptabilité sociétale. Dans le cadre du débat public sur la PPE, 82 % des personnes interrogées ont souhaité son maintien et son développement. « De plus en plus de consommateurs ne se contentent plus d’une énergie « garantie d’origine verte », observe Jean-Marc Lévy. Ils veulent aussi en connaître la provenance géographique. Cette tendance est favorable aux « énergies de territoire », comme l’est la petite hydroélectricité. Il y a donc tout lieu d’être optimiste pour l’avenir. »

 

Contribuer à l’équilibre du réseau en montagne

 

Et parmi les territoires où se croisent le fort potentiel de la petite hydro et des besoins élevés en énergie, il y a la montagne. « En créant de l’énergie en fond de vallée, l’hydroélectricité apporte une solution dans des secteurs reculés où l’équilibre du réseau de distribution électrique est un souci permanent, évoque Claude Blanc-Coquand, Président d’EAF, syndicat regroupant des producteurs autonomes d’électricité. Surtout, cette énergie est produite sans perturber l’environnement : toute l’eau utilisée est restituée au milieu, sans que sa qualité ne soit altérée et, si nécessaire, les continuités biologiques sont restaurées. Soulignons aussi que l’hydroélectricité apporte du sang neuf dans des territoires parfois en tension sur le plan de l’emploi et les fait profiter de son activité, puisque pour 100 euros d’électricité produite, 70 sont reversés aux pouvoirs publics. »