Récupération de chaleur sur eaux usées : la solution pour réduire les charges et l’empreinte carbone de l’ECS

Dans les opérations de réhabilitation énergétique, l’attention se porte souvent d’abord sur l’enveloppe : isolation des façades, menuiseries, traitement des ponts thermiques, amélioration du confort d’hiver comme d’été. Mais une fois ces leviers engagés, un poste reste particulièrement difficile à réduire : l’eau chaude sanitaire. Contrairement au chauffage, directement impacté par l’isolation du bâti, l’ECS dépend des usages quotidiens des habitants, et demeure un besoin permanent, régulier et fortement consommateur d’énergie.
Un COP moyen de 4, en valorisant une source d’énergie propre, locale et continue
Jugurta Tabouche,
Ingénieur d’affaires
Biofluides
Cette problématique est particulièrement sensible dans le logement collectif, où la décarbonation ne peut pas se limiter à l’amélioration visible du bâtiment. Elle impose aussi de repenser les équipements techniques, les sources d’énergie mobilisées et les charges supportées par les occupants. C’est encore plus vrai dans les opérations d’ampleur, où se croisent contraintes patrimoniales, logements occupés, exigences de confort, maîtrise des coûts et objectifs de réduction carbone. La réhabilitation des Tours Nuages de Nanterre illustre bien cette complexité. Cet ensemble emblématique conçu par Émile Aillaud, partagé entre Nanterre Coop’ Habitat et Hauts-de-Seine Habitat, fait l’objet d’une rénovation énergétique et architecturale majeure. Sur une tour pilote de Nanterre Coop’ Habitat, l’enjeu de l’ECS a donné lieu à un arbitrage technique structurant : la dépose des chaudières gaz individuelles des logements et la mise en place d’une production collective intégrant l’ERS® de BIOFLUIDES, une pompe à chaleur sur eaux usées installée à l’initiative de l’Atelier Franck Boutté. Le principe est simple : récupérer les calories contenues dans les eaux grises, habituellement rejetées à l’égout, pour préchauffer l’eau chaude sanitaire du bâtiment. L’intérêt est à la fois technique, puisque l’ERS® s’intègre dans les espaces disponibles à l’intérieur du bâtiment, sans création d’ouvrages complexes ni équipements visibles en façade ou en toiture ; environnemental, puisqu’il valorise une énergie locale, continue et bas carbone ; et économique, puisqu’il réduit l’énergie achetée et contribue directement à la maîtrise des charges. Le retour d’expérience de cette première installation a confirmé l’intérêt de la récupération de chaleur sur eaux grises dans une rénovation lourde en site occupé. Dans la continuité de cette phase pilote, le projet se poursuit avec BERIM, qui accompagne la duplication du système sur les autres tours concernées. Ayant vocation à devenir incontournable en résidentiel collectif, la récupération de chaleur sur eaux usées est un levier clé pour réduire les charges et la précarité énergétique, liées à l’eau chaude sanitaire. Entretien avec Jugurta Tabouche, Ingénieur d’affaires chez Biofluides.
Pourquoi la récupération de chaleur sur les eaux usées est-elle pertinente dans le résidentiel collectif ?
Une fois le bâtiment isolé, l’eau chaude sanitaire (ECS) reste le principal poste de consommation, difficilement réductible. La solution consiste à récupérer la chaleur contenue dans les eaux grises – jusqu’ici rejetées à l’égout – via une pompe à chaleur eau/eau qui produit directement de l’ECS. Cette solution est particulièrement adaptée au résidentiel collectif, où les consommations sont importantes, régulières et prévisibles. Elle s’adresse aussi aux résidences étudiantes, EHPAD, hôtels, centres aquatiques, établissements de santé et les bâtiments tertiaires consommant de l’eau chaude. Dans un contexte de hausse des coûts de l’énergie et de décarbonation du parc immobilier, elle constitue un levier concret de performance énergétique.
Cette solution s’adresse-t-elle aussi bien au neuf qu’à l’existant ?
Elle s’adapte aux deux contextes. Dans le neuf, les réseaux, les locaux techniques et la production d’ECS peuvent être pensés dès la conception. Il est alors possible d’anticiper le flux d’eaux usées, l’implantation de la cuve, les raccordements hydrauliques, les accès de manutention, la supervision et la maintenance. En réhabilitation, une analyse de l’existant permet d’identifier les contraintes : réseaux disponibles, rassemblement des eaux grises, emplacement en chaufferie. En termes de souplesse de mise en œuvre, l’équipement passe par une porte standard de 90 cm et s’adapte aux faibles hauteurs sous plafond. Si la configuration l’exige, un relevage des eaux grises peut être prévu — sa consommation électrique reste très inférieure à l’énergie récupérée.
Comment cette solution cohabite-t-elle avec les autres systèmes de production d’ECS ?
La récupération de chaleur s’intègre en amont de la production principale d’ECS, en préchauffant l’eau froide jusqu’à 58°C. Elle conserve l’appoint existant et peut cohabiter avec une chaudière gaz, un réseau de chaleur, une pompe à chaleur ou une sous-station. Il nous est également possible de concevoir, fournir et installer des chaufferies couvrant 100 % des besoins en eau chaude, avec des équipements complémentaires pour absorber les pics, le tout avec une grande efficience.
Quels rendements peut-on atteindre et dans quelle mesure cette solution permet-elle de répondre aux réglementations environnementales ?
Elle atteint un COP d’environ 4 – auxiliaires compris – pour une production à 55°C. Par exemple, sur la résidence autonomie Saint-Louis à Cannes, cette solution a fourni 5,8 MWh thermiques par mois pour une consommation électrique de 1,44 MWh. En bénéficiant d’un Titre V applicable aux RE2020, RT2012 et RT Existant, elle améliore la classe énergétique des bâtiments. Elle contribue également à l’atteinte des objectifs du décret tertiaire.
En quoi est-elle particulièrement pertinente pour le logement social ?
Elle réduit la quantité d’énergie achetée et stabilise les charges pour les locataires – un enjeu crucial dans un parc où les hausses brutales fragilisent l’équilibre économique des ménages. La récupération de chaleur est ainsi un outil concret de lutte contre la précarité énergétique.
Paris 18e : la récupération de chaleur sur eaux grises au cœur d’un programme de logement social exemplaire
Rue Marx-Dormoy à Paris, le bailleur social Élogie-Siemp a livré, en 2023, une résidence de 46 logements certifiés NF Habitat HQE. L’opération intègre notamment un système de récupération de chaleur contenue dans les eaux grises. Ces calories sont captées via une pompe à chaleur eau/eau pour préchauffer l’eau chaude sanitaire du bâtiment.
Au dernier relevé du 12 mai 2026, depuis la mise en service effective de la récupération de chaleur, le 28 décembre 2023, l’installation affiche :
• 131 810 kWh de chaleur fournie ;
• 30 970 kWh d’électricité consommée ;
• un COP de 4,26, auxiliaires compris ;
• 42,5 MWh/an d’énergie économisée.
>>> Question générale
Quel est le temps de retour sur investissement typique pour la récupération de chaleur sur eaux usées, et quelles aides financières sont mobilisables (CEE, Fonds Chaleur de l’ADEME, subventions, TVA réduite) ?
Le retour sur investissement s’avère souvent un argument très favorable dans la décision d’installer un ERS®, en particulier dans le secteur privé, ou d’une manière générale dans les bâtiments fortement consommateurs d’eau chaude sanitaire. Il peut être très attractif, avec des temps de retour inférieurs à 5 ans, hors aides mobilisables.
La fiche CEE BAR-TH-169 peut être mobilisée pour soutenir l’installation d’un ERS®, tandis que le Fonds Chaleur de l’ADEME représente généralement un levier financier encore plus conséquent.
Sur les bâtiments collectifs de taille plus modeste, l’investissement ne se justifie pas uniquement par le ROI financier direct, mais également par les gains environnementaux, la décarbonation de l’ECS, la valorisation patrimoniale du bâtiment et l’anticipation des exigences énergétiques.












