l’atelier Desmichelle Architecture – Paille et Passif : un confort à l’année et des consommations d’énergie divisées par huit

Portée par la sobriété énergétique, la construction passive s’impose comme une réponse concrète aux défis climatiques. Retours d’expérience avec Corentin Desmichelle, gérant de l’atelier Desmichelle Architecture.
Corentin Desmichelle,
gérant
L’atelier Desmichelle Architecture,
En quoi la construction passive répond-elle, selon vous, aux défis climatiques et énergétiques toujours plus aigus ?
Le contexte actuel ne fait que confirmer les atouts du passif, qui s’inscrit dans une démarche de sobriété énergétique – avec des besoins divisés par sept ou huit –, mais aussi dans une attention portée à l’origine et à l’impact environnemental des matériaux mis en œuvre. C’est d’ailleurs en m’interrogeant sur les ressources et les consommations d’énergie d’un bâtiment – tant à la construction qu’en exploitation – que j’ai été amené à me former à la construction passive, il y a une quinzaine d’années. À cette époque, j’ai également contribué à la rédaction des Règles professionnelles de construction en paille, au sein du Réseau Français de la Construction Paille. Ce mode constructif repose sur une ressource renouvelable, stable dans le temps, performante sur le plan thermique, simple à mettre en œuvre, tout en offrant un réel confort d’usage à l’année.
Au point d’être conciliable avec une certification passive ?
Tout à fait : notre agence a d’ailleurs mené plusieurs projets de ce type. En 2014, nous avons livré, à Cormenon (41), la première crèche de France isolée en paille et certifiée Passivhaus. D’une surface de 250 m², ce bâtiment articule une ossature bois – avec murs préfabriqués –, une isolation en paille des murs et des toitures, des menuiseries à triple vitrage bois/alu et une VMC double flux. À Épinay-sur-Seine (93), nous avons réalisé, en 2016, l’école Victor-Schoelcher, la première d’Île-de-France isolée en paille et certifiée passive, sur 850 m². À Paris (13e), nous avons également réalisé en 2019 une école certifiée passive en paille qui couvre une surface de 1 750 m². L’an prochain, nous livrerons à Douvres-la-Délivrande (14) un projet de 1 000 m² qui regroupe un siège communautaire et une médiathèque, et vise également la certification passive.
Quels sont les retours d’expérience sur ces projets avec, pour certains, plus de dix ans de recul ?
En premier lieu, il y a les retours des usagers. Par exemple, une élue d’Épinay-sur-Seine me confiait récemment que l’école Schoelcher était la seule à ne pas faire état d’inconfort dans les classes lors des épisodes de fortes chaleurs. L’enjeu est d’autant plus important que les enfants sont très sensibles aux températures élevées et au manque de renouvellement de l’air. Ces projets permettent aussi d’optimiser en permanence les choix constructifs, en mobilisant le moins de matériaux possible pour assurer un maximum de fonctions. Par exemple, sur notre projet de Douvres-la-Délivrande, l’isolant en paille servira directement, sur la face externe, de support à un enduit en plâtre. Notons que les savoir-faire évoluent également sur les chantiers. Ainsi, l’étanchéité à l’air – qui était un sujet de plaisanterie il y a une quinzaine d’années – est désormais prise au sérieux par tous. La démocratisation de la ventilation double flux et du triple vitrage permet aussi de lever certains freins financiers.
Ces tendances se traduisent-elles sur le marché du passif, en France ?
Le marché reste plutôt stable, mais le passif – certifié ou non – ne constitue pas une vérité unique. Il existe aussi des constructions frugales avec de la ventilation naturelle, par exemple, qui sont très intéressantes. Dans l’esprit du biologiste Olivier Hamant, il s’agit de passer d’une logique de performance à une logique de robustesse. Ainsi, la paille remplit durablement son rôle isolant et de régulation hygrométrique, sans recourir à des systèmes complexes. En résumé, l’essentiel est de concevoir des bâtiments simples et bien proportionnés, dont les matériaux et les systèmes nécessitent moins de ressources à extraire, à chauffer et à transporter, tout en réduisant les besoins en chauffage. Autant de cases que coche le passif.











