Bâtiment bas carbone : améliorer la phase construction

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Bâtiment bas carbone : améliorer la phase construction

Dans la réduction de l’empreinte carbone du secteur du bâtiment, c’est toute la chaîne des acteurs de l’immobilier qui doit se mobiliser, maîtres d’ouvrage, maîtres d’œuvre, industriels.

L’association pour le développement des bâtiments bas carbone et pour un cadre de vie durable, BBCA ou Alliance HQE-GBC, se mobilisent pour former, informer et sensibiliser  à la question de la réduction des empreintes carbone de la filière. Interviews de Hélène  Genin, déléguée générale BBCA, Estelle Réveillard, directrice générale Alliance HQEGBC et Nadège Oury, chargée de mission Alliance HQE-GBC

Hélène Genin, déléguée générale BBCA 

« La phase construction, des émissions majoritaires et immédiates pour le bâtiment neuf» 

L’Association BBCA, reconnue d’intérêt général, fédère les principaux intervenants de l’acte de construire (architectes de renom, principaux promoteurs immobiliers, constructeurs et bureaux d’étude, investisseurs – une centaine de membres). Pionnière et locomotive du secteur, son lancement en 2015, dans le sillon de la COP21, a marqué la volonté des acteurs immobiliers de contribuer à lutter activement contre le dérèglement climatique en s’engageant dans la voie de la construction bas carbone.

Que représente la phase de construction d’un bâtiment en matière de bilan carbone ? 

Hélène Genin : Le rôle du bâtiment est déterminant en matière d’émissions de CO2. Le logement en représente un quart en France, et si on rajoute le tertiaire, cela monte à plus de 40 % des émissions de CO2. La filière a donc une grande responsabilité dans ce domaine. Tout le cycle de vie d’un bâtiment influe sur ses émissions de CO2. Ainsi, la phase de construction d’un bâtiment neuf représente 60 % de ses émissions considérées sur une durée conventionnelle de 50 ans, alors que la phase d’exploitation en représente 40 %. Les émissions de la phase construction sont immédiates, il est urgent d’agir. Pour 1 m2 neuf construit selon des procédés traditionnels, la construction et l’exploitation représente 1,5 tonne de CO2 émis sur 50 ans. Pour obtenir le label BBCA qui atteste de l’exemplarité de l’empreinte carbone du bâtiment, l’exigence est de ne pas dépasser le seuil de 1,150 tonne par m2, dont 650 tonnes pour la construction pour une opération de résidentiel collectif.

Quels sont les leviers pour atteindre ces seuils ? 

Hélène Genin : La filière est déjà bien expérimentée sur la maîtrise de la consommation énergétique en phase d’exploitation mais il reste encore des efforts à faire sur la qualité de l’enveloppe du bâti. Pour réduire les émissions de CO2 en phase de construction, il faut favoriser le recours à des matériaux dont la conception est optimisée et éco-intelligente misant sur la frugalité et faiblement émissive : les matériaux bas carbone, recyclés, bio-sourcés, le réemploi par exemple. Ensuite, il s’agit de limiter les quantités de matériaux. Si on hérite d’un bâtiment existant, la réflexion doit porter systématiquement sur ce qui peut être conservé pour éviter d’émettre plus de CO2 avec des matériaux neufs. Le bâtiment devient une banque de ressources pour de nouveaux bâtiments. Aussi la filière doit s’inscrire dans une économie circulaire qui promeut la déconstruction sélective. L’augmentation du taux et de la durée d’usage, en mutualisant les espaces et en les rendant modulables et réversibles, contribue aussi à réduire l’empreinte carbone. Enfin, il y a la question du stockage du carbone dans le bâtiment, qui est rendu possible grâce à l’utilisation de matériaux bio-sourcés, comme le bois à la condition qu’il soit issu d’une forêt gérée durablement.

Où en sommes-nous des bâtiments bas carbone exemplaires labellisés BBCA ? 

Hélène Genin : Depuis son lancement en 2016, nous comptons plus de 200 demandes de label BBCA, des opérations immobilières de tous types (résidentiel, tertiaire, hôtel, crèche…), 40 % en province et 60 % en Ile de France, pour des occupations résidentielles ou tertiaires, de 145 m2 à 120.000 m2. 80 d’entre eux sont déjà labellisés. Si la labellisation concerne davantage de bâtiments neufs, la rénovation répond véritablement à une démarche bas carbone et se développe. 75 % des bâtiments de 2050 existent déjà, le challenge est de les rénover bas carbone. Pour une rénovation, les réductions doivent porter sur l’énergie bien sûr mais également sur les matériaux qui peuvent représenter jusqu’à 40% des émissions totales dans le cas d’une rénovation lourde. De manière générale, en matière de bilan carbone, un bâtiment rénové qui atteint les plus hautes performances bas carbone pourra égaler voire dépasser celles d’un bâtiment neuf.

BBCA

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