Clémence Penin, directrice du Contrat de Concession et des Relations Institutionnelles de Fraîcheur de Paris. – Quand le rafraîchissement de la ville ne génère pas d’îlots de chaleur urbains

Clémence Penin, directrice du Contrat de Concession et des Relations Institutionnelles de Fraîcheur de Paris. – Quand le rafraîchissement de la ville ne génère pas d’îlots de chaleur urbains

Interview de Clémence Penin, directrice du Contrat de Concession et des Relations Institutionnelles de Fraîcheur de Paris.

Face à la multiplication des canicules, les systèmes autonomes de climatisation contribuent à accentuer le réchauffement des villes. À Paris, le réseau de froid urbain de 120 km, alimentant plus de 1000 bâtiments, offre une alternative alliant sobriété énergétique, continuité de service et protection des populations vulnérables. Entretien avec Clémence Penin, directrice du Contrat de Concession et des Relations Institutionnelles de Fraîcheur de Paris.

Le réseau de froid de la Ville de Paris est l’une des solutions pour adapter la Ville de Paris au changement climatique, en luttant notamment contre le déploiement d’installations autonomes 

Alors que les épisodes de chaleur extrême se multiplient, la demande en climatisation explose, pouvant créer un cercle vicieux : nouvelles consommations d’énergie, émissions de CO2 et rejet de chaleur dans les rues. En quoi un réseau de froid urbain présente-t-il une alternative ?

La chaleur dégagée par les centrales de production de froid et celle récupérée chez nos abonnés sont évacuées en partie grâce à la Seine, ce qui évite la multiplication des îlots de chaleur urbains générés par des systèmes individuels de climatisation. Nous intégrons également des technologies telles que la géothermie, qui permet également d’éviter le rejet de chaleur en ville. Sur les 20 prochaines années, le développement du réseau permettra de limiter la hausse des températures moyennes urbaines de plus d’1 °C par rapport au déploiement d’un parc équivalent d’installations autonomes.Nous valorisons la fraîcheur naturelle de la Seine pour produire du froid de manière plus vertueuse. Lorsque les conditions le permettent, la technique du « free-cooling » utilise directement cette ressource naturelle pour rafraîchir l’eau du réseau sans solliciter les groupes frigorifiques. Elle permet ainsi de réduire fortement les consommations électriques tout en améliorant la performance environnementale du système.

Par ailleurs Le réseau est piloté en temps réel grâce à une intelligence artificielle exploitant plus de 150 000 points de contrôle. Tout cela nous permet de diviser par deux les consommations électriques par rapport à un parc d’installations autonomes, avec une électricité issue à 100 % de sources renouvelables. Les émissions de CO2 sont, elles, réduites de 50 %.

Comment le réseau garantit-il la continuité du rafraîchissement en période de canicule ?

La résilience du système repose sur l’interconnexion du réseau ainsi que la diversité et la disponibilité constante des ressources locales utilisées par nos 14 centrales de production : la Seine, l’eau de géothermie, le réseau d’eau non potable . Pour composer avec les pics de demande, le réseau s’appuie sur 4 sites de stockage d’eau glacée et de glace. De plus, chaque centrale bénéficie d’une double alimentation haute tension pour en assurer le fonctionnement ininterrompu. Le réseau de froid urbain fonctionne ainsi avec un taux de continuité de service supérieur à 99 %.

Une disponibilité qui s’avère cruciale pour certains équipements…

En effet, à l’année, Fraîcheur de Paris délivre plus de 490 GWh de froid à plus de 1 000 bâtiments – soit près de 8 millions de m². Parmi ces sites, certains accueillent des publics particulièrement sensibles en période de fortes chaleurs : hôpitaux, EHPAD, crèches, écoles, etc. À l’avenir, la priorité est de raccorder ces établissements, notamment les hôpitaux parisiens. D’ici 20 ans, nous visons le raccordement de 2 300 nouveaux abonnés, dont 300 bâtiments à vocation sanitaire. Cet essor du « service public du froid » s’appuie sur la construction, à raison de 10 km par an en moyenne, de 158 km de réseau supplémentaires et sur le doublement de notre capacité de production.

Comment intégrer de telles infrastructures dans une ville aussi dense et patrimoniale que Paris ?

Les centrales de production sont intégrées dans des ouvrages existants ou des bâtiments destinés à d’autres usages, limitant ainsi les nuisances visuelles et sonores. De son côté, le réseau de distribution emprunte les ouvrages d’assainissement de la Ville, des galeries techniques, ou circule sous les voies publiques. Sur le plan esthétique, un autre bénéfice concerne les abonnés, qui peuvent retirer leurs blocs de climatisation et libérer leurs toitures. Ces espaces peuvent alors être valorisés via la végétalisation ou l’installation de panneaux solaires : des aménagements qui, à l’image du réseau de froid urbain, contribuent à la lutte contre les effets du changement climatique.

www.fraicheurdeparis.fr/

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