Bertrand Nobilliaux,président d’Agronergy – La géothermie, une source d’énergie locale, renouvelable et disponible sur 95 % du territoire français

Interview de Bertrand Nobilliaux,président d’Agronergy
Mobilisant une ressource locale, renouvelable et disponible sur la majeure partie du territoire, la géothermie de minime importance – moins de 200 m de profondeur – s’impose comme une solution décarbonée pour la fourniture de chaleur et de froid. Le point avec Bertrand Nobilliaux, président d’Agronergy.
En quoi la géothermie de minime importance constitue-t-elle un levier pertinent pour atteindre les objectifs de décarbonation ?
La chaleur représente près de 50 % de la consommation d’énergie finale en France. Sa décarbonation constitue donc l’un des principaux leviers de la transition énergétique, avec un excellent retour sur investissement des fonds publics. Sur ce segment, la géothermie de minime importance – également utilisée pour produire du froid en été – apporte des réponses concrètes. Elle valorise une ressource locale, renouvelable, pilotable, stockable et non intermittente, tout en contribuant à l’atteinte des objectifs de la RE2020. Elle bénéficie également d’une forte acceptabilité grâce à ses faibles impacts visuels, sonores et environnementaux.
Une filière qui conjugue sobriété carbone, stabilité des coûts et indépendance vis-à-vis des énergies fossiles
La transition énergétique suppose également de concilier performance thermique et performance économique…
C’est là un autre atout majeur de la géothermie. En s’affranchissant de la volatilité des prix du gaz et du pétrole, elle sécurise le coût de l’énergie tout en réduisant notre dépendance aux quelque 60 milliards d’euros d’importations annuelles d’énergies fossiles. Son excellent rendement – de 4 à 5 kWh thermiques fournis pour 1 kWh électrique consommé – génère, par ailleurs, un effet d’amortissement technique sur la hausse des coûts de l’énergie. Côté investissement, la filière bénéficie d’importants mécanismes de soutien : Fonds Chaleur de l’ADEME, CEE, dispositifs régionaux et européens… En tant que fournisseur indépendant d’énergie, nous proposons aux porteurs de projets de réduire leur CAPEX, à travers le tiers-investissement : nous concevons, finançons, construisons et exploitons la chaufferie et le réseau associé. De son côté, l’usager final bénéficie d’un prix de chaleur et de froid stable sur des décennies. C’est également l’énergie la plus économique à l’usage.

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Quels niveaux de puissance couvre la géothermie de minime importance et pour quels usages ?
La puissance maximale prélevée est de 500 kW pour la géothermie sur nappe et peut atteindre, depuis juin dernier, jusqu’à 2 MW pour les installations sur sondes. Par exemple, à Versailles, nous exploitons un réseau de chaleur alimenté par une géothermie sur nappe de 400 kW, assurant plus de 60 % des besoins en chaleur de 550 logements ainsi que ceux d’un hôtel et d’équipements publics et tertiaires. La biomasse – qui constitue notre expertise historique – couvre un peu moins de 30 % des besoins. L’appoint, assuré au gaz, a permis de ne pas surdimensionner les équipements, avec la possibilité d’évoluer ultérieurement vers le biogaz. Selon les projets, la géothermie peut répondre à des besoins de chaud et de froid allant de 70 à 1 000 équivalents-logements : écoquartiers, petites villes, piscines, résidences seniors ou centres de secours. Disponible sur près de 95 % du territoire, cette technologie est mature, et tous les retours d’expérience des porteurs de projets sont positifs.
L’analyse du cycle de vie est devenue un indicateur incontournable. Quel est le bilan de la géothermie sur ce point ?
Elle présente un excellent profil environnemental. L’énergie est prélevée et consommée localement, limitant les transports. Les forages et les sondes ont une très longue durée de vie, tout comme les pompes à chaleur, qui fonctionnent avec des températures plus constantes que les systèmes de pompes à chaleur aérothermiques. La géothermie permet d’éviter les effets de ces dernières, observés lors des récents épisodes caniculaires, de réchauffer l’air extérieur en fournissant du froid. Plus globalement, il existe une chaîne industrielle européenne de la géothermie, ce qui contribue là aussi à limiter son empreinte carbone.











